Chroniques d’un chantier pour ralentir le cycle de l’eau
Retrouvez les différentes étapes du chantier avec ses petites anecdotes, raconté par Pauline GORGEON, technicienne de rivière
EPISODE 0 - LA GENÈSE
💦 Chroniques d’un chantier pour ralentir le cycle de l’eau 💦
ÉPISODE 0 : le Commencement ….
Laissez-nous vous raconter l’histoire du ruisseau de l’Angevinière :
Petit cours d’eau, drastiquement recalibré et approfondit pour « assainir les terrains » dans les années 80, le ruisseau de l’Angevinière est aujourd’hui un canal d’évacuation des eaux, homogène et peu accueillant pour la biodiversité…
Les riverains se rappellent d’un temps, avant les modifications du paysage, où les grenouilles, les petits poissons et les écrevisses cohabitaient dans ces lieux.
Après de longs mois d’étude, de scénario, de concertation … nous sommes à l’heure de la concrétisation ! Pendant plusieurs semaines le ruisseau et les parcelles adjacentes vont bénéficier de travaux ambitieux.
Si vous deviez retenir 4 mots clés pour décrire ce projet, les voici : Ralentir, Infiltrer, Epurer, Réhydrater.
Grâce à ces chroniques nous allons vous tenir au courant de l’avancée du chantier… au fil de l’eau !
📸 Rétrospective en images :
Localisation du projet par rapport au territoire du SLAL (sur la commune de Chemillé-en-Anjou)
Evolution du paysage dans le temps (1945/1981)
#Renaturation #Ruisseau #Chantier #Biodiversité #Eau #Environnement
ÉPISODE 1 : Le chantier commence !
💦 Chroniques d’un chantier pour ralentir le cycle de l’eau 💦
ÉPISODE 1 : C’est parti !
Après les études, les préparatifs et plusieurs mois de travail en amont, place désormais aux travaux ! Les premiers engins sont arrivés sur le site.
🚧 Cette semaine sur le chantier :
–> installation de l’entreprise AGEV Solutions sur site
–> création des zones d’accès pour les engins
–> ouverture du milieu : coupe sélective de la végétation
💧 L’objectif ?
La Ripisylve, mot barbare pour désigner la végétation au bord des cours d’eau (en latin ripa : berge et silva : forêt).
Il s’agit d’un maillon indispensable pour le bon fonctionnement de la rivière. Lorsque des espèces adaptées aux rivières y poussent (Aulne, Frênes, Saules…) leurs systèmes racinaires participent à l’oxygénation et à l’épuration de l’eau, ainsi qu’à la stabilité des berges contre l’érosion.
Mais alors pourquoi couper des arbres ? Il s’agit d’une gestion sélective et précautionneuse dans le but de pouvoir réaliser les travaux de reméandrage.
✅ Le petit plus : le tas de branches que vous voyez sur la photo est en réalité un garde-manger ! En effet, Antony, éleveur de vaches laitières, va proposer ces tendres feuillages et bourgeons à son troupeau. Un casse-croute apprécié lorsque l’herbe verte se fait rare… mais également un vermifuge naturel ! Le reste des branches sera broyé et réutilisé pour
le paillage des futures plantations de haies, ou disposé dans les champs comme haies-sèches, des refuges de biodiversité !
📸 Le chantier en images :
Mini-pelle avec grapin pour extraire les ronces et manipuler les branches
Tas de branches et tas de bois valorisable
Et ce n’est que le début… 👀
ÉPISODE 2 : L'hydrologie régénérative en concrêt
💦 Chroniques d’un chantier pour ralentir le cycle de l’eau 💦
ÉPISODE 2 : Hydrologie Régénérative … qu’est-ce c’est ?
🚧 Cette semaine sur le chantier (du 21/09 au 25/09) :
–> marquage du futur tracé du ruisseau
–> apport des matériaux caillouteux
–> terrassement des premiers aménagements d’hydraulique douce
💧 L’objectif ?
Au bord du ruisseau de l’Angevinière on trouve la “Ferme de l’Angevinière”. Chez Antony et Marina, producteurs de lait Bio, la prairie et le bocage sont au centre du système.
Cependant, les paysages ont été malmenés au fil du temps (drainage, réduction du linéaire de haies, tassement des sols…) autant de modifications qui accélèrent le cycle de l’eau.
Pour y remédier ? L’Hydrologique Régénérative est la clé !
C’est l’ensemble des pratiques qui visent à Ralentir les eaux de surface, Infiltrer dans le sol, Stocker l’eau dans le paysage, les sols et les sous-sols, favoriser l’Evapotranspiration des végétaux et Diversifier la couverture végétale. Ce sont les principes fondateurs de l’hydrologie régénérative (principes R.I.S.E.D.). Chaque action renforce les autres : le ralentissement de l’eau favorise l’infiltration, qui alimente le stockage, qui lui-même alimente l’évapotranspiration etc.
C’est un cycle vertueux qui s’auto-alimente !
L’Hydrologique Régénérative fait appel à différentes compétences : agronomie, hydrologie, agroforesterie… et se base sur la complémentarité entre l’eau-le sol-les arbres.
Pour découvrir les aménagements qui permettent de ralentir le cycle de l’eau chez Antony et Marina, rendez-vous au prochain épisode … nous vous expliquerons tout !
Anecdote : une petite fresque de panneaux a été installée le long du chemin de randonné qui traverse la ferme de l’Angevinière (commune de St Lézin)… Amis curieux, n’hésitez pas à les consulter.
📸 le chantier en images :
Livraison des différentes tailles de cailloux : certains serviront pour la restauration du ruisseau, d’autres pour la création de zones de franchissement (passage à gué, passerelle…)
Réunion de chantier pour préparer le début du terrassement
Panneaux de communication installés le long du chemin de randonnée
📓 Rendez-vous prochainement pour le prochain épisode du journal de bord !
ÉPISODE 3 : Hydrologie Régénérative … de la théorie, à la pratique.
💦 Chroniques d’un chantier pour ralentir le cycle de l’eau 💦
ÉPISODE 3 : Hydrologie Régénérative … de la théorie, à la pratique.
🚧 Cette semaine sur le chantier :
–> finalisation du terrassement des aménagements d’hydraulique douce sur la 1ere parcelle
–> tout début du terrassement du nouveau lit du ruisseau
💧 L’objectif ?
Remettre à ciel ouvert le chemin de l’eau, qui jusqu’à maintenant s’évacuait par une buse enterrée à plus 1m50 de profondeur ! L’objectif est que cette eau puisse à présent s’infiltrer dans le sol, hydrater les terres et profiter à la faune et la flore locale.
La semaine dernière nous vous parlions d’Hydrologie Régénérative… dans la pratique, voici les aménagements réalisés sur la ferme de l’Angevinière pour ralentir le cycle de l’eau :
- Création d’1 noue (petit fossé peu profond et végétalisé) pour faire serpenter l’eau dans la parcelle. Cette noue accueillera les eaux de ruissellement et de drainage, qui étaient jusqu’alors contenues dans la buse. La noue est parsemée d’une succession de 8 petites mares temporaires, qui freinent encore plus le chemin de l’eau et tamponnent les matières en suspensions susceptibles d’y transiter.
- Création de 2 baissières (petites dépressions avec un fond plat, sans pente). Elles permettent de distribuer l’eau horizontalement sur la parcelle, en suivant les courbes de niveau naturellement présentes. C’est un système naturel pour répartir l’humidité superficielle et rallonger le chemin de l’eau. Elles sont chacune surmontées d’un talus pour accueillir de futures plantations d’arbres au pied des baissières. Durant leur croissance, les plants profiteront de l’eau des baissières pour se développer.
- Création de plusieurs zones de franchissement (passages à gué et drain français) pour maintenir un usage agricole sur la parcelle et rendre praticable les aménagements par des engins et des troupeaux.
🛠️Difficulté en phase chantier : sur le papier, remettre l’eau d’une buse à ciel ouvert peut sembler assez simple… mais sur le terrain, il faut savoir s’adapter ! La buse était enterrée à plus d’1,50 m sous la surface du sol, donc pour reconnecter progressivement cette eau au milieu naturel, les premiers mètres de la noue ont été terrassés nécessairement très profonds.
Pour éviter de créer des berges trop abruptes, plusieurs petites « terrasses » ont été aménagées. Ces paliers permettront à une végétation diversifiée de s’installer progressivement, tout en sécurisant la noue : si un veau venait à y tomber, il pourrait plus facilement remonter.
Une contrainte de chantier qui devient finalement une opportunité pour créer un aménagement plus favorable à la biodiversité… et plus sûr pour les animaux ! 🌱🐄
📸 Le chantier en images :
1 : scénario d’aménagement des parcelles
2 : Vue aérienne des aménagements réalisés
3 : Vidéo de la création des « terrasses » au bord de la noue
📓 Rendez-vous prochainement pour le prochain épisode du journal de bord !
ÉPISODE 4 : Fini le toboggan, place au ruisseau vivant !
🚧 Cette semaine sur le chantier :
→ Terrassement d’un nouveau lit sinueux pour le ruisseau
→ Diversification des écoulements, avec une alternance de zones profondes, de zones rapides et de zones plus lentes
→ Recharge granulométrique : apport de cailloux dans le fond du lit pour diversifier les habitats aquatiques
💧 L’objectif ?
En 1981, les parcelles de l’Angevinière ont subi d’importants travaux de recalibrage. À l’époque, le ruisseau a été transformé en un large fossé trapézoïdal, d’environ 3,50 m de largeur en tête et de 1,80 m de profondeur. L’objectif était de drainer les terres humides et d’évacuer l’eau le plus rapidement possible.
Mais ce type d’aménagement a des conséquences sur le fonctionnement du cours d’eau.
Imaginez un toboggan : plus sa surface est lisse et sa pente importante, plus la vitesse augmente ! Dans un lit rectiligne, profond et uniforme, l’eau gagne en vitesse et en énergie. Elle devient alors capable d’arracher les matériaux (sédiment) présents au fond du lit. Petit à petit, la rivière se creuse davantage : c’est ce qu’on appelle l’incision.
L’objectif de la restauration morphologique est donc de redonner au ruisseau une forme plus naturelle, grâce à laquelle les processus naturels vont être réactivités. Un lit sinueux, des profondeurs variées et des vitesses diversifiés : le cours d’eau pourra alors mieux répartir les écoulements, favoriser les échanges avec son environnement (zones humides) et offrir une plus grande richesse d’habitats à la faune et à la flore aquatiques.
🛠️ Comment faire concrètement ?
Sur le ruisseau de l’Angevinière, plusieurs techniques de restauration sont mises en œuvre, en fonction des contraintes locales :
- Le réméandrage : Lorsque l’espace disponible le permet et que les propriétaires donnent leur accord, un nouveau lit sinueux est creusé dans la parcelle, en suivant les points bas naturels. L’ancien lit est ensuite rebouché.
- La recharge « en plein » : Lorsque ce n’est pas possible de déplacer le ruisseau, on intervient directement dans son lit actuel. Des matériaux terreux sont ajoutés au fond du lit pour rehausser la ligne d’eau et des matériaux caillouteux sont ajoutés pour diversifier les substrats.
Restaurer un ruisseau, ce n’est pas simplement lui donner une jolie forme : c’est lui redonner les conditions nécessaires pour retrouver un fonctionnement plus naturel, ralentir le cycle de l’eau et accueillir davantage de vie ! 🌿 💧
📸 Le chantier en images :
1 : photo aérienne avant travaux
2 : photo aérienne après travaux
3 : comparatif avant/après travaux sur une zone de recharge « en plein »
4 : nouveau lit réméandré
📓 Rendez-vous prochainement pour le prochain épisode du journal de bord !












